Idir, une vie

Idir, une œuvre

Idir, une carrière

Biographie d'Idir

Une jeunesse

Idir (en kabyle : Yidir), de son vrai nom El Hamid CHERIET, est un chanteur, auteur et compositeur kabyle. Il est né en 1949 dans le village d’Aït Lahcène (commune actuelle de Ath Yenni en Haute Kabylie) où il a grandi, imprégné de la tradition et de la culture kabyle, chantée par les femmes et hommes du village. 

Lorsqu’on évoque le chanteur Idir, il n’est pas rare que les plus anciens précisent « Le poète ! « . Poète, il l’est en effet depuis ses jeunes années, inspiré par sa mère et sa grand-mère, poétesses reconnues. « J’ai baigné dans l’atmosphère magique des veillées où l’on racontait des contes et des énigmes. Dans une société de culture orale, la valeur du mot est immense ».

Très tôt, alors que ses copains s’époumonent sur les tubes anglo-saxons, El Hamid CHERIET gratte sa guitare sur des mélodies traditionnelles pour exprimer ses doutes, ses rêves d’adolescent précoce.
Son nom d’artiste, Idir, qui signifie en berbère : Vis (du verbe vivre à l’impératif) est donné à un enfant pour conjurer la mort et espérer sa survie, compte tenu du fort taux de mortalité infantile à cette époque. Un nom qu’il honore tout au long de sa carrière, qu’il consacre à faire vivre la culture berbère au- delà de ses frontières.

L’histoire de la vie d’Idir est un récit passionnant qui s’identifie à celle du peuple berbère, alliant la résistance au souffle de la création et de la liberté. Un combat permanent pour la conservation et l’enrichissement d’un héritage culturel multimillénaire. Une cause défendue avec justesse, passion et engagement au travers d’œuvres artistiques toutes aussi inspirantes.

Rien ne destinait cet homme discret à devenir une icône : sa formation de géologue aurait pu l’amener à arpenter la planète à la recherche de gisements de pétrole. Mais, sa modestie naturelle fit jaillir, avec ses chansons, quelque chose d’aussi précieux que l’or noir : la voix d’un vieux peuple, la sienne, dont l’écho a largement franchi les frontières de sa Kabylie natale.

Une carrière musicale

Comme bon nombre de grandes découvertes, tout commence par l’un de ces hasards que réserve parfois le destin. En 1973, sur Radio-Alger, il remplace une artiste malade et interprète au pied-levé « Rsed Ay Ides » (« Que le Sommeil l’emporte… « ).

Une berceuse qui éveille l’attention des auditeurs… et de sa maman. Cette dernière s’interroge sur ce garçon qu’elle a entendu sur les ondes, sans savoir qu’il s’agit de son fils !

En 1975, il se rend à Paris, contacté par Pathé Marconi pour produire son 1er album : « A Vava Inouva » (« Mon papa à moi »). Il représente l’affirmation d’une certaine identité, le retour à des racines ancrées profondément dans l’histoire de l’Afrique du Nord. Le titre qui donne son nom au disque a marqué un tournant dans l’histoire de la chanson kabyle en propulsant ce dernier au-delà du monde berbère. Viendront ensuite « Ay Arrac Negh » (« À nos enfants »), « Les chasseurs de lumières », « La France des couleurs » et « Adrar Inu » (« Ma montagne »). Des albums dans lesquels Idir reprend les thèmes qui lui sont chers : l’exil, l’identité, la lutte contre toutes les formes d’oppression, l’amour, l’espoir…

Lucide et authentique, Idir s’avoue incapable d’écrire sur des choses qu’il n’a pas vécues. « Je ne peux pas prendre mon stylo sur commande. Je n’ai rien à vendre que mes disques, comme disait Brassens. Cela m’a peut-être donné de la distance, sans trop vendre mon âme ».

Idir : des collaborations

À travers plus de 40 ans de carrière, Idir a captivé et séduit par ses mots et par sa musique qui l’ont mené à de nombreuses collaborations : Manu Chao, Dan Ar Braz ou Zebda pour parler d’ »Identités » ou encore la jeune génération comme Grand Corps Malade, Akhenaton ou Oxmo Puccino afin de redessiner sa « France des Couleurs ». Une France où il a choisi de vivre, nouant ainsi de solides amitiés avec des artistes comme Jean-Jacques Goldmann ou Maxime Le Forestier. On peut notamment citer le beau duo qu’il a formé avec ce dernier pour « Tizi Ouzou », une version kabyle du fameux « San Francisco ».

La chronologie

1973 > Idir interprète « Rsed A Yidess » (« Que le Sommeil Tombe ») sur Radio Alger. Berceuse qui éveille l’attention des auditeurs et devient son premier succès radiophonique.

1975 > Idir, se rend à Paris, contacté par Pathé Marconi pour produire son premier album :
« A Vava Inouva ». Le titre est considéré comme le premier grand tube venu d’Afrique du Nord.

1979 > Sortie du deuxième album « Ayarrach Negh » (« À nos enfants »).

1980 > Idir apporte son soutien aux Kabyles qui, pour la première fois depuis l’établissement de l’État algérien, revendiquent publiquement la reconnaissance de la culture berbère. Cet événement, célébré chaque année depuis, est baptisé le Printemps Berbère.

1991 > Sortie d’une compilation de 17 chansons de ses deux premiers albums.

1992 > Idir est programmé dans le club de jazz parisien, le New Morning. Il se voit attribué le statut de précurseur de la world music.

1993 > Sortie de l’album « Les Chasseurs de lumière », dans lequel Idir chante ses thèmes de prédilection, l’amour, la liberté et l’exil. Idir dévoile ses chansons au public de l’Olympia en juin.

1996 > Idir sort une réédition de son tout premier album, 20 ans après : « A Vava Inouva ».

1999 > Sortie de l’album « Identités » dans lequel il porte un regard sur les identités et en fait un moment d’échange et de partage en compagnie d’artistes venus d’horizons différents.

2001 > Idir apporte son soutien à la population kabyle qui manifeste pour la reconnaissance de ses droits culturels et dénonce l’oppression et les injustices dont est victime la Kabylie. 127 jeunes sont tués et des centaines d’autres blessés par les forces de l’ordre.

2002 > Sortie de l’album « Deux rives, un rêve ».

2005 > Idir sort un CD live et un double DVD : « Entre scènes et terres », une façon originale de présenter cet homme discret aux valeurs fortes.

2007 > Sortie de l’album « La France des couleurs ». De nombreux artistes comme Akhenaton, Grand Corps Malade ou Zaho posent ainsi leurs textes mais aussi leur rage et leurs sensibilités aux côtés du chanteur kabyle.

2013 > Parution de l’album « Adrar Inu » (« Ma montagne »). Ce disque est pour son auteur un retour aux sources, une œuvre intimiste, la plus personnelle de son répertoire.

8 avril 2017 > Sortie de son nouvel album dans lequel il chante avec Charles Aznavour, Gérard Lenormand et Bernard Lavilliers.

Idir : un grand artiste

La disparition de ce grand artiste le 2 mai 2020, a été un choc pour toute la communauté berbère et ses amis. Le porte étendard de la cause berbère se retirait dans l’amour de ses proches et de son public. Il laisse derrière lui une oeuvre et une pensée d’une richesse et d’une créativité infinies. Dans son titre “La France des couleurs”, tiré de l’album du même nom, Idir nous invitait à la célébration de l’idéal qu’il a défendu toute sa carrière durant. L’ouverture sur l’autre, le dialogue des cultures et des identités dans leur plus grande diversité.
“On se rassemble, on se ressemble, c’est l’unité de toutes nos couleurs qui s’expriment” Idir, La France des couleurs. "
Idir

Un engagement pour l’identité

Depuis plus de 50 ans Idir, l’enfant de la Kabylie, a construit une œuvre artistique originale en France, en y faisant vivre et en y transformant la musique et la poésie berbères.

L’homme et l’artiste sont des combattants de la diversité, de la coexistence fertile des langues et des cultures. Son installation à Alger, où il poursuivait ses études universitaires, a marqué sa prise de conscience sur la nécessité de défendre la culture kabyle menacée par des idéologies nationalistes et religieuses : « Dans notre pays, le pouvoir qui prônait la souveraineté des peuples nous brimait, nous les Kabyles, dans notre langue, notre culture. La révolte qui habitait les Kabyles, je l’ai exprimée par la chanson ».

Idir refuse donc que la culture berbère, profondément humaniste et généreuse, soit sacrifiée au nom de ces idéologies réductionnistes, totalitaires auxquelles nous sommes confrontés, mais également par la mutation économique en cours et la révolution numérique. Les outils et les idées doivent être au service des cultures et des langues, de leur maintien, de leur épanouissement dans l’échange et la découverte. Il n’impose rien, il propose. Et comme il dit, il faut faire comprendre et aimer sa cause pour la faire avancer. Idir est un combattant pacifique par l’éducation et la communication à l’échelle humaine. Il cherche à parler individuellement à chacun de nous.

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